L’uchronie est un temps qui n'existe pas. Sasha Denisova a donc écrit une fiction. Sa pièce relate l’histoire du procès de Vladimir Poutine (avec un petit p). Elle imagine l’envoyer à la Haye, le siège d’organes judiciaires internationaux, après que la guerre en Ukraine, ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Espérons-le !
Le procès Uchronique de poutine à la Haye
Avant que la pièce ne soit écrite, l’épée de Damoclès était déjà au-dessus de la tête du dictateur Russe, puisqu’il avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, émis le vendredi 17 mars 2023, pour crime de guerre de « déportation illégale » d’enfants ukrainiens.
Pour analyser le théâtre politique de Sasha Denisova un résumé de la guerre en Ukraine, nous serait utile :
L’Ukraine est un pays d’Europe de l’Est. Il partage une bonne partie de sa frontière avec la Russie. La tension entre les deux pays avait commencé à monter en 2014.
La Russie avait pris le contrôle d'une portion du territoire ukrainien : la Crimée. La demande récente de l’Ukraine pour entrer dans l’OTAN, n’a fait qu’empirer les choses.
Depuis, l’armée russe a officiellement envahi le territoire ukrainien le 24 février 2022. Fin septembre, elle avait annexé quatre territoires de l’Ukraine : Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia.
Vladimir Poutine avait déclaré que ces territoires appartenaient maintenant à la Russie. Mais, aidée par les livraisons d'armes des pays alliés, l’Ukraine a organisé des contre-attaques pour reprendre des parties du Donbass. Cela ne s’est pas fait sans de nombreux morts.
Le 12 février 2023, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a vérifié un total de 7199 décès de civils, c’est-à-dire des personnes non militaires. De plus, 11 756 personnes auraient été blessées. Les chiffres concernant les décès de soldats sont communiqués par les autorités gouvernementales russes et ukrainiennes. Par exemple, le nombre de soldats russes morts varie entre 5 000 et 99 000. Comme ces chiffres ne peuvent pas être vérifiés, et que la guerre en Ukraine est toujours d’une actualité violente, le nombre de morts et de blessées doit être pris avec prudence.
Lisons maintenant cette pièce uchronique. Gilles Morel et Tania Moguilevskaïa dans l’avertissement écrivent : « toute ressemblance avec des personnes ou situations présentes ou bien passées ne saurait être… ».
Bien sûr, les traducteurs mettent des points de suspension ironiques qui ne trompent personne.
Le prologue s’ouvre et donne la parole à une petite fille, dans un bâtiment en partie bombardé, qui joue avec des personnages. Elle situe l’action et présente dix hauts dirigeants russes de premier plan : « les accusations concernent aussi bien les criminels de guerre de base que les responsables haut placés ».
La petite fille est le symbole de l’absurdité illégitime de cette guerre. Avec des « ça-c’est », elle décline les fonctions des accusés et leur barbarie : bombardements, massacres, déportation d’enfants, tortures et morts d’Ukrainiens.
Les portraits qu’en fait l’enfant dévoilent très vite la médiocrité de ces hommes et femmes qui couvrent des actes criminelles, dans leur servitude volontaire, auprès d’un dictateur sans foi, ni loi, obsédé par une grande Russie façon URSS. Est-ce que ce texte mettra fin à l’aveuglement des Russes désinformés par la propagande de Poutine ? Nous ne pouvons pas croire que ce peuple soit lâche et ne ce révolte pas. La Russie n’est-elle pas le pays d’Anton Tchekhov, Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï, Nicolas Gogol ? Hélas ! jusqu’à ce aujourd'hui, il y a encore des Russes qui croient aux mensonges de cet obsédé de la guerre qu'est Poutine.
Nous avons déjà vu et lu des textes uchroniques échouer dans leur tentative de réécrire l’histoire sans convaincre. D’ailleurs, le plus souvent ces textes sont vilipendés par la critique.
Cependant le théâtre politique est une fenêtre sur notre humanité qui nous prévient de ceux qui n’en ont pas. Il n’est pas toujours le bienvenu chez certains éditeurs. Pour cette raison nous disons merci à la maison d’éditions Les Solitaires Intempestifs pour cette initiative courageuse.
Plus de guignolade aurait fait du bien
Nous aurions aimé lire dans La Haye plus de guignolade et moins de « fiction vérité ». Nous disons qu’une farce ubuesque aurait eu autant de résonance. Le théâtre politique d’un point de vue fictif devrait plus faire confiance au burlesque. Lui seul met à plat le réel pour mieux parler de ce qui existe vraiment. En 1961 John Kennedy avait, dans un discours, prononcé cette phrase bien connue aujourd’hui : « L'humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l'humanité ».
Ce livre est de toutes les façons à lire. Parce qu'il interroge nos consciences. Il nous met face à notre humanité et mesure le pourcentage de l'humain que nous croyions avoir en notre for intérieur.
La Haye
Le procès de poutine
De Sasha Denisova
Traduit du russe par Gilles Morel et Tania Moguilevskaïa
Domaine Étranger
Les Solitaires Intempestifs
1, rue Gay Lussac
25000 Besançon
03 81 81 00 22
https://www.solitairesintempestifs.com
/image%2F6476965%2F20240526%2Fob_fd2340_denisova-lahaye-coll-bleue-v1.jpg)