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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


Les Démons d’après Fiodor Dostoïevski

Publié par Dashiell Donello sur 1 Octobre 2021, 23:05pm

Guy Cassiers donne le premier rôle à l’image et filme Les Démons de Dostoïevski, plutôt qu’il les met en scène. Son point de vue définit le beau, en faisant jouer de dos le théâtre et la littérature.

Les Démons d’après Fiodor Dostoïevski

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881) est l’un des plus grands romanciers de la littérature mondiale. Crime et Châtiment, l’Idiot, les Frères Karamazov, Les démons, ont inspiré bon nombre d’artistes, d’intellectuels et de philosophes.

Il est absolument utile de le rappeler, même si cela semble une évidence, nous verront le pourquoi plus loin.

Nous pensons aussi qu’il est important, pour entrer dans le récit, de rechercher les filiations des personnages du roman. Alors interrogeons-nous : pourquoi ces démons sont-ils en place ?

Verkhovenski représente l’idéalisme des années 1840.

D’ailleurs, ne parle-t-il pas de leur disparition ? Dostoïevski ne laisse pas, sur ce sujet, planer l’ombre d’un doute. C’est lui le père des «  démons ». Père spirituel de Stavroguine et de Chatov, qu’il a former. Dostoïevski dénonce autant les démons terroristes et nihilistes que les idéalistes libéraux. Ce qui rassemble les « pères » et les « fils » à la fin des fins, c’est l’occidentalismes ( il est souvent question des Français), la séparation avec le peuple et l’athéisme, sans oublier l’agnosticisme. Par la voix de Verkhovenski, l’auteur parle des maux de la Russie au présent. Avec ironie, il dénonce ses propres illusions passées et en montre les démoniaques conséquences.

 

Quels sont ces démons dont tous les personnages sont possédés ?

 

Nous sommes dans toute la Russie.

Stépane Verkhovenski, un intellectuel qui fait prévaloir une gloire passée, et son amie et mécène de toujours Varvara Stavroguina sont les anciens. Nikolaï, un bel homme qui a séduit Dacha la fille adoptive de Varvara, Liza, richissime jeune femme qui a des velléités littéraires et enfin Maria, une femme mystique et perturbée qu’il a épousée dans des circonstances mystérieuses sont  les descendants. D’autre part, son ami Piotr, fils de Stépane, nihiliste de la première heure qui projette de détruire la société russe*.

Quels sont ces démons dont tous les personnages sont possédés ? Dostoïevski les nomme : socialisme athée, nihilisme révolutionnaire et superstition religieuse. Quand les démons sont en eux, ils ne se contrôlent plus. Aveuglés, ils tombent dans un terrorisme destructeur. À travers ses personnages Dostoïevski raconte ses doutes et ses angoisses sur l'avenir de l'homme et de la Russie. C’est une tragédie qui vit d'amour et de mort. C’est impressionnant, comme Dostoïevski a pressenti les dangers du totalitarisme au XXè siècle.

 

Un Deus ex machina cinématographique

 

La scénographie de Tim Van Steenbergen est un monde intérieur façon Crystal Palace. Le spectateur que nous sommes voit, à cour et à jardin, deux décors fenêtres qui viennent lui faire face, par un effet de caméra, sur trois écrans suspendus. L’actrice et l’acteur semblent se parler, mais en réalité les montre, dans l’espace du plateau, l’un de l’autre éloigné. Leur jeu est solitaire, comme si l’interprète faisait une italienne avant d’entrée en scène.

Un mensonge théâtral, en quelque sorte, qui les fait pourtant dialoguer face à face. Les bras des gens en noir, se prolongent d’un écran à l’autre pour figurer le raprochement. C’est une illusion de magicien ; un gadget qui n’apporte pas grand-chose aux circonstances proposées pour justifier l'action.

Le Deus ex machina cinématographique bientôt brouille la compréhension de la situation. Nous spectateurs, venu voir et entendre le grand Dostoïevski, avons la vision parasité par le haut, comme un surtitrage d’images, qui se voudrait paradis, mais nous voyons l’enfer du bas. Même si la scénographie est tout en beauté, le texte peine à nous atteindre. Même si la troupe du Français est au summum de son art, même si les lumières de Fabiana Piccioli font pleurer la neige et rayonner les bougies sur les scintillants costume de Tim Van Steenbergen, nous sommes coupés de l'œuvre.

Guy Cassiers, nous n’en doutons pas, admire Dostoïevski, mais ses propres démons voulaient réaliser un film sur un plateau. A-t-il pris en compte que le théâtre est un art vivant ? De plus, il a avec lui un gardien vigilant : le présent. Il rejette toute bouture qui n’est pas compatible avec lui.

Nous avons donc vu un beau spectacle, mais pour le parfaire, nous aurions aimé plus de théâtre. C’est dommage pour la littérature, car Les Démons sont adaptables à la scène, au moins Guy Cassiers nous aura convaincus de cela.

 

*Programme Comédie Française

 

Les Démons d’après Fiodor Dostoïevski
adaptation Erwin Mortier, traduction Marie Hooghe

mise en scène Guy Cassiers

avec la troupe de la Comédie-Française

Alexandre Pavloff, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Christophe Montenez, Dominique Blanc, Jennifer Decker, Clément Bresson et Claïna Clavaron

et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française

Vianney Arcel, Robin Azéma, Jérémy Berthoud, Héloïse Cholley, Fanny Jouffroy, Emma Laristan

Photographie de Christophe Raynaud De Lage/Collection Comédie-Française.

 

Du 22 septembre 2021 au 16 janvier 2022

 

Comédie-Française-Salle Richelieu

1 Place Colette 

75001 Paris

https://www.comedie-francaise.fr/#

 

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