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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


PARAGES/10, le présent de l’actualité théâtrale

Publié par Dashiell Donello sur 21 Septembre 2021, 11:16am

PARAGES/10, le présent de l’actualité théâtrale

La revue Parages 10, du Théâtre National de Strasbourg, ouvre ses pages sur le grand dramaturge Lars Norén. Frédéric Vossier analyse le texte La force de tuer que Norén avait écrit en 1978.

Le focus consacré à Elfriede Jelinek est passionnant : avec des poèmes de jeunesse, un entretien et un inédit. D’autres textes inédits suivent avec : d’Eddy Pallaro, d’Édouard Elvis Bvouma, Sèdjro Giovanni Houansou, et d’Éva Doumbia.

 

PARAGES/10, du théâtre National de Strasbourg, ouvre ses pages sur le grand dramaturge Lars Norén.

Frédéric Vossier nous parle d’un de ses premiers textes : La force de tuer, écrit en 1978. Nous lisons dans son éditorial : « Ce texte, je le fais travailler depuis longtemps dans des ateliers dramaturgiques avec des élèves des sections « Jeu » et « Régie » de l’école du TNS, et ce qu’ils me renvoient, c’est son effrayante actualité ».

Dans Journal intime d’un auteur (2008) Lars Norén confirme qu’il écrit aussi sur les questions d’actualité : « une ontologie du présent, de nous-mêmes et de l’actualité ».

Avec Frédéric Vossier nous sommes d’accord pour dire que son texte reste et restera, encore et pour un bon moment.

 

La revue PARAGES numéro 10, nous présente un passionnant focus consacré à Elfriede Jelinek avec des poèmes de jeunesse, un entretien et un inédit de l’écrivaine, ensemble traduit par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke.

Sortant des ruines, où une guerre d’écriture aurait créé « la femme des décombres » (c’est Jelinek elle-même qui se nomme ainsi), le théâtre de cette femme hors norme ne tend pas la main aux clichés sociaux. Consciente d’une parole contaminée idéologiquement, elle fait surgir son art d’un éboulis de mots, où l’irruption d’un volcan, d’accumulation d’une langue de feu, crache les pierres ponces du scandale ; et de la déconstruction positive.

Au fil de notre lecture nous entrons chez un éditeur : Théâtral. Jacques Pellisard, alors directeur du service culturel de la ligue de l’enseignement, lui  donne pignon sur rue en 1981 prolongé aujourd’hui par Pierre Banos. Ce second focus de PARAGES, nous donne la biographie de cet éditeur à contre-courant, avec un répertoire contemporain aux noms incontournables de l’écriture dramatique : Daniel Besnehard, Denise Bonal, Bernard Chartreux, Enzo Cormann, Roland Fichet, Madeleine Laïk, Daniel Lemahieu, Jean Magnan, Philippe Minyana, Yves Reynaud, dans les premières années.

 

Ce que nous aimons lire dans la revue PARAGES 10, ce sont les vagues d’encre qui dissipe la feuille blanche : les écritures libertaires, l’éther des mots, et la vraie langue d’une humanité citoyenne. Nous trouvons entre les lignes ce je-ne-sais-quoi qui transgresse, pour mieux être l’ordre et la loi dans un horizon de liberté.

Nous lisons, dans les textes inédits que nous offre la revue, l’écume de paroles à incarner, au flux et reflux de la fiction. Chez Eddy Pallaro, de chambre à chambre, de porte à porte, pour une révélation vers l’ouverture. Peut-être faudrait-il tenter de vomir comme l’écrit Sèdjro Giovanni Houansou : « même face à la horde de maux qui accablent nos paroles, frôlant la déroute et le noir total, face auxquels la certitude s’efface mieux et l’inacceptable le devient moins ».

Oui, nous aimons lire un inédit d’Édouard Elvis Bvouma à la rencontre de « l’histoire des vaincus ».  Et devenir caméléons plutôt que lion.

Éva Doumbia lit, à Chasselay, les noms des tirailleurs morts pour la patrie, enrôlés de force dans l’armée française, et décimés par l’armée allemande en juin 1940 : morts pour une patrie que peu avaient choisie. Que mes ancêtres d’Afrique n’ont pas choisi. Ma patrie ».

Nous aimons aussi, abasourdis des mots alcoolisés d’un enivrant Viripaev, être dans la pensée du théoricien de théâtre Joseph Danan : une invite à prendre un verre ? Pas sûr que ce soit le meilleur moyen d’entrer en contact avec un extraterrestre de son espèce. Il paraît d’ailleurs, si j’en crois internet, qu’il ne boit plus. Que faire d’autre, alors, que de continuer à le lire, l’immense Viripaev ».

 

PARAGES 10, c’est aussi le présent de l’actualité théâtrale avec des entretiens, des analyses, du théâtre d’aujourd’hui.

Guillaume Poix trouve l’époque passionnante, mais elle le trouble partant de l’injonction identitaire qu’elle pose. Le goût réflexif à être l’objet de sa propre conscience, pour trouver la voix des autres (les personnages) est une expérience sur sa propre condition, selon Guillaume Poix : « si écrire tout comme lire ne permettent pas d’échapper à sa propre condition, alors je ne crois plus en la littérature ».

D’où l’injonction à être soi-même pour être la voix des autres avec distanciation ; et mieux trouver un personnage qui n’est pas de son appartenance. C’est ce côté double qui dans l’écriture théâtrale sollicite la personnalité singulière et vraie de l’auteur. Elle va du témoignage : « vécu », à un « je » mensonger ».

 

PARAGES 10, nous parle et nous met dans l’intimité du quotidien des dramaturges et de leurs désidératas. Mariette Navarro cherche la place réelle, qu’ils occupent, dans l’institution théâtrale qui n’aurait pas besoin de ses écrivains. Ceux qui ne sont pas metteurs en scène de leurs propres textes, précise-t-elle. Il est vrai que les autrices, pour être plus visibles, se doivent de diriger leur texte, après avoir passé l’acte d’écriture.

Mariette Navarro nous dit deux choses importantes : « cette vision m’attriste parce que pour moi la littérature la plus vivante est la littérature dramatique. et plus loin : «  l’actualité littéraire n’englobe JAMAIS l’actualité de l’écriture théâtrale ». Nous pouvons le constater. Pas d’émission sur l’écriture et le théâtre à la télévision. La grande librairie, à titre d’exemple, invite surtout des romanciers ou des essayistes. Pour achever ce triste constat, les magazines ou journaux sont rares sur ce sujet.

Alors, Mariette Navarro imagine (dans quelques années) que les dramaturges pourront être porteur de projets, sans être pour autant metteurs en scène.

Nous disons qu’écrire seul à sa table un manuscrit, puis l’envoyer par la poste (sans avoir été parrainer), semblerait aujourd’hui voué au refus.

L’écriture dramatique en privée a laissé la place aux artistes d’État qui travaillent associés à des troupes, des théâtres ; où commandes, résidences, immersions et recherches documentaires, etc., laissent bien esseuler l’auteur ou l’autrice d’appartement.

Mariette Navarro sera-t-elle une Cassandre entendue ? quand elle dit : « (…) quand plateau et texte seront allés assez loin dans la découverte de leurs forces et de leurs limites, des explorateurs pourront-ils passer d’un continent à l’autre sans dessein de colonisation ni de domination ».

Nous espérons que la question de cet aller-retour géographique sera mis en place en priorité ; où des femmes et des hommes pourront écrire une œuvre dramatique, sur un même pied d’égalité.

Voilà pourquoi nous aimons PARAGES, une revue nécessaire et rare, au service d’un art magistral : le théâtre.

 

Les contributeur·rice·s :

Pierre Banos | Rémy Barché | Howard Barker | Pauline Bouchet | Édouard Elvis Bvouma | Joseph Danan | Éva Doumbia | Sèdjro Giovanni Houansou | Elfriede Jelinek | Magali Jourdan | Daniel Keene | Vanasay Khamphommala | Philippe Malone | Séverine Magois | Mariette Navarro | Eddy Pallaro | Guillaume Poix | Noëlle Renaude | Marie-Amélie Robilliard | Sandrine Roche | Marie-José Sirach | Mathilde Sobottke | Frédéric Vossier

 

PARAGES | 10 sera disponible à la vente le 7 octobre 2021.

 

https://www.tns.fr/parages-10

 

 

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