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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


Et la terre se transmet comme la langue de Mahmoud Darwich

Publié par Dashiell Donello sur 15 Septembre 2021, 11:59am

Et la terre se transmet comme la langue de Mahmoud Darwich

Chez un grand poète, la poésie s’impose d’elle-même. Elle est explicite ; et toute chose extérieure est parasite. La terre dont parle Mahmoud Darwich est une langue qui s’est fait connaître sans superflu. Tel l’aède antique, le moi darwichien vient de la tradition orale. Son chant, par la mémoire des mots, est transmis de génération en génération.

Les documents mis à disposition, autour de la création de Stéphanie Béghain (artiste associée au T2G) et Olivier Derousseau, nous disent que des éléments in situ sont appelés à se modifier, s’étoffer et trouver leurs places pendant la durée du séjour des artistes au théâtre.

Quand Mahmoud Darwich écrit : « La maison est plus belle que le chemin vers la maison en dépit de la trahison des fleurs », c’est bien la maison qui impose le chemin et non le contraire. Quant aux fleurs, si belles soient-elles, elles ne peuvent détourner la pureté du poème. La maison-poème n’est-elle pas plus belle que les éléments, sur le chemin d’où ils arrivent ?

 

Bayt : mot qui  en arabe désigne le vers en poésie et la maison

 

Le spectacle nous guide sur un chemin « galerie » avec trois tableaux posés au sol. Nous déambulons à travers : des palettes, des caisses, des livres empaquetés, des morceaux d’œuvres, des installations, des archives, des tables avec des cartes géographiques, une bâche où nous voyons l’ombre d’une porte dessinée. Après cette vision d’exposition, nous arrivons sur le plateau grand ouvert jusqu’au lointain. Cela rappelle que Mahmoud Darwich parlait souvent de seuil et de porte. Pour signifier que l’exil va et vient, de départ en retour, du seuil à la porte.

Chez un grand poète, la poésie s’impose d’elle-même. Elle est explicite ; et toute chose extérieure est parasite. La terre dont parle Mahmoud Darwich est une langue qui s’est fait connaître sans superflu. Tel l’aède antique, le moi darwichien vient de la tradition orale. Son chant, par la mémoire des mots, est transmis de génération en génération. Darwich a souvent répété avec fierté qu’en langue arabe, c’est le même mot -bayt- qui sert à désigner le vers en poésie et la maison. Le lieu intime est bien pour le poète la source de sa poésie.

Il  écrit dans le poème «  l’enfant réfugié » : « Moi je ne me rappelle rien Mais je sais qu’une moisson d’images Fut jadis semée Sous mes paupières Racontez-moi mon pays, Ce pays qui semble un rêve Où se perd, où se noie L’horizon de ma vie ». Cette noyade est aussi un combat comme le raconte la magnifique fin de Et la terre se transmet comme la langue : « (…) Ils étaient sur le point de se poser sur l’air de leurs maisons (…) Et ils savaient leur chemin jusqu’à son terme et rêvaient (…)  du combat de leur narcisse avec le paradis quand il devient leur exil, et savaient L’avenir de l’hirondelle quand le printemps l’embrasse, et rêvaient Du printemps de leur obsession qui viendrait ou ne viendrait, et savaient Ce qu’il advient lorsque le rêve naît du rêve Et qu’il sait qu’il ne faisait que rêver ».

Le point de vue subjectif de la conception de Stéphanie Béghain et Olivier Derousseau, nous a semblés hésiter entre le poète palestinien et le poète « de Palestine » comme se définissait lui-même Darwich. C’est peut-être cette indécision qui nous a gênés pour bien entendre la poésie universelle de cet immense poète qu’est Mahmoud Darwich.

 

Mahmoud Darwich (1941-2008)

Né en 1941 à Birwa en Palestine il connaît l’exil dès 1948. Sa famille rejoint d’abord le Liban mais retourne clandestinement en Palestine en 1950. Très vite Mahmoud Darwich se réfugie vers la poésie dans laquelle il trouve « une patrie dans la langue ». Il se lance également dans un militantisme qui inspirera certains de ces poèmes et qui le conduira en prison à plusieurs reprises. Dans le années 70, il reprend le chemin de l’exil vers l’Egypte puis le Liban jusqu’à l’invasion israélienne en 1982. Il élira ensuite résidence à Tunis et Paris jusqu’aux accords d’autonomie de 1994. Après de longues années d’exil, c’est finalement à Ramallah en Palestine que Mahmoud Darwich s’installe. Considéré comme l’un des chefs de file de la poésie arabe contemporaine ; il anime une des principales revues littéraires, AlKarmel, et est le président de l’Union des écrivains palestiniens. Son œuvre comprend vingt grands recueils de poésie ainsi que plusieurs ouvrages en prose et de nombreux articles. Elle est traduite dans plus de quarante langues.

Et la terre se transmet comme la langue de Mahmoud Darwich

interprété par Stéphanie Béghain et Olivier Derousseau

 

T2G Théâtre de Gennevilliers, Centre Dramatique National

Du 11 au 16 septembre 2021

41 Av. des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Téléphone au 01 41 32 26 26

https://theatredegennevilliers.fr

 

©photo Pierre Grosbois

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