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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


Liebestod, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux d'Angélica Liddell

Publié par Dashiell Donello sur 7 Juillet 2021, 10:36am

Liebestod, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux d'Angélica Liddell

Pour nous parler des origines sacrées de son théâtre, Angelica Liddell remet au monde Juan Belmonte*.

L’odeur du sang vient du sens des yeux, dans l’exercice spirituel du toreo. L’érotisme de la mort oublie les corps pour toréer : « ce triste coup de corne dont j’ai toujours eu une fervente envie me sauva de bien des coups de cornes. La seule façon de se libérer de la mort est de la désirer ».

La Fiesta n’est pas une réjouissance collective : c’est le nom de la douleur. Il faut tuer par pur amour pour toréer ; être en quête d’une belle mort pour soi ou le taureau.

Aux extrémités de la vie l’intériorité, danger absolu, monte aux cimes du désespoir. On meurt de tout ce qui n’est pas, en mourant de solitude.

Le sang de Jésus mêlé au lait de Marie, est-il un rêve venu d’un dessin de Picasso* (Corrida en 1959) ? L’image met en scène le Christ en croix qui se sert de sa tunique, en guise de muleta.

Ce titre sibyllin nous fait poser la question ; même si la tauromachie a toujours été objet de poésie, de peinture et de romans.

Liebestod : affirme, dans un contre-courant  spirituel, le dualisme de l'amour à mort et de l'érotisme de la mort.  Est-ce l’amour de Belmonte qui tue ? Le taureau serait-il amour ?

L’au-delà serait-il le rendez-vous final, dans l’arène des amours, de Tristan et Iseut : «  jamais tu ne seras Iseut. tu veux être Angélica de Dieu et tout ce que tu fais, c’est laver le linge sale des curés (…) te rends-tu compte de la frustration que les mots doivent supporter avant de signifier quelque chose ? ».

Angelica Liddell met en avant le paradoxe, avec une citation de Cioran sur la blessure et le saignement. Cet écrivain-poète écrivait sur l’inconvénient d’être né. Par la souffrance, il avait le courage de l’affirmation.

Arthur Rimbaud* est aussi présent dans le récit, lui qui voulait posséder la vérité dans une âme et un corps, a eu le malheur pour dieu. Rien n’était dû au hasard dans la poésie du voyant. Ses mots, à la fin du recueil Une saison en enfer, prenaient essor dans l’au-delà d’une pensée poétique, où tous les poètes se retrouvent.

Cioran* et  Rimbaud, par-delà le temps, se rejoignent dans un élan de lucidité. Angelica Liddell est aussi dans cet au-delà lucide.  Elle entend Rimbaud lui poser une question : « pourquoi donc existons-nous ? ».

 

Liebestod*, texte court, se résume avec la conjonction de subordination « si » qui est la vérité dans l’arène du théâtre, comme le dit Peter Brook*.

Angélica l’utilise aussi : « « si notre théâtre avait le frisson des corridas, il serait magnifique. S’il avait su transposer cette violence esthétique, ce serait un théâtre héroïque, comme l’Iliade. Comme il en est dépourvu, il est aussi antipathique que tous les codes, de la Constitution à la Grammaire ».

Liddell nous dit : « « c’est l’œuvre d'une femme amoureuse, et mortelle. C’est aussi une immolation ». Cela la réconcilie avec la force séminale de l’art et avec la pure vie.

 

* Deux autres textes suivent : Le plaisir des dieux et Un combat qui compte.

* Juan Belmonte, matador (1892-1962)

* Pablo Picasso, peintre (1881-1973)

* Peter Brook, metteur en scène

* Arthur Rimbaud, poète (1854-1891)

* Cioran, philosophe, poète et écrivain (1911-1995).

 

Liebestod Angélica Liddell

L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux

Juan Belmonte

suivi de

Le plaisir des dieux

Un combat qui compte

Traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot.

 

Les Solitaires Intempestifs

https://www.solitairesintempestifs.com

 

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