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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


La Patience de l’araignée de Dieudonné Niangouna

Publié par Dashiell Donello sur 29 Juillet 2021, 13:41pm

Un déchirement sort de l’esprit de Dieudonné Niangouna et fait une auréole autour de son écriture ; cela l’embrouille d’une phrase qu’il n’a pas écrite, mais qui transpire dans sa pièce La Patience de l’araignée : «  je ne m’intéresse pas à la haine, mais à l’amour ».

Un déchirement sort de l’esprit de Dieudonné Niangouna et fait une auréole autour de son écriture ; cela l’embrouille d’une phrase qu’il n’a pas écrite, mais qui transpire dans sa pièce La Patience de l’araignée : «  je ne m’intéresse pas à la haine, mais à l’amour ».

Niangouna ne s’intéresse pas à la haine, mais à l’amour.

 

Si nous doublons le nom de Dieudonné Niangouna, nous avons un Alexandrin. C’est formidable pour un écrivain, comme si sa naissance fut un poème. Comme le souvenir des mots, prenant le feu pour de la lumière tendre et inoffensive, son écriture vient de son « enfrance » africaine. Aujourd’hui, il écrit sur l’exil et la condition de l’émigré dans la société française. Son écriture vient de cette lumière qui se souvient.

 

Niangouna ne s’intéresse pas à la haine, mais à l’amour : « (…) j’ai encore cent milliards de centrales nucléaires d’amour ». Sa voix énonce autrui du haut de la ligne de crête, selon le versant, elle parle allant de l’autre à l’autre pour trouver l’humain.

Du côté de l’ubac, Niangouna est l’oublié qui se désigne, le natif du pays de l’ignorance, le crachat de la faillite. Du côté de l’adret, il n’est plus l’éjecté de la civilisation de consommation, ni l’homme qui débouche les égouts et finit par devenir une montagne d’immondices…

Quand il parle à ses potes français, il dit : «  quand vous votez, n’oubliez pas que c’est le président de l’Afrique francophone que vous élisez. » Et ses potes lui disent : « mais non, voyons, vous êtes souverains. » Il dit «  oui, bien sûr, souverains, par la France. ».

Dieudonné Niangouna, immigré de la liberté, vit avec le Français au-delà des conjonctures. Il est immergé dans la Méditerranée de cette autre langue. Il parle le Bemba, sa langue maternelle, qui fourche en Français même quand il parle le Lari la langue du Congo : «  et tout ce qui s’ensuit est en Français. Alors j’ai couru très vite et sauté par-dessus la Méditerranée pour tomber en France ».

 

Un caillou français sous sa chaussure

 

Être le futur d’une plage oasis, c’est peut-être le rêve du grain de sable emprisonné dans la tempête ? Vient-il de là, le caillou dans l’affaire, dont nous parle le dramaturge, est-il encore sous sa chaussure ?

Nous avons soudain à l’esprit le paradoxe de la grenouille. Dans une casserole d’eau froide, elle cuira à petit feu et mourra sans réagir au danger : «  pendant que j’existais je ne savais pas que je mourrais de cette vie à petit feu ».

Serait-il un autre, penserait-il autrement, sans cette langue d’écriture qu’est le Français ? Vient alors l’ambivalence de son texte. Le français est-il en contradiction avec le Bemba ou le Lari ? Écrire en Français fait-il sens avec sa généalogie ? Dieudonné Niangouna écrit par allusion, mais sans vraiment assumer la part mauvaise de cette situation d’être entre deux chaises culturelles. Quand il se dit apatride, il insinue que cela est à la fois une chance et un destin contrarier. Nous dirions plutôt qu’il est un citoyen du monde.

Son doigt est-il entre l’arbre et l’écorce quand il écrit : «  son cri est le solde d’un destin trahi ; celui qui avait osé franchir le Rubicon. (…) L’enfant n’aurait pas dû partir. Il paye le prix d’avoir abandonné les siens (…) on lui a dit qu’on n’est jamais mieux que chez soi, voilà pourquoi en dehors de sa case il fait toujours froid ».

 

Nous avons ressenti dans ce monologue, avec la lucidité habituelle de Dieudonné Niangouna, une froideur contradictoire et opposée. Même s’il donne, à son personnage Moussa, un happy end de dernière minute.

Ce que nous retenons de cette œuvre ambivalente, c’est « l’indicateur de questions sans existence » que pose ce grand écrivain qu’il faut lire dans sa totalité. Toutes ces questions sont dans la toile de la patiente araneae qui tisse un piège de soi-disant liberté. Tout le reste est ( bien entendu) littérature.

 

Dieudonné Niangouna est auteur, comédien et metteur en scène. Il est né en 1976, à Brazzaville (République du Congo), où il a fait des études d’arts plastiques à l’École nationale des Beaux-Arts, puis se tourne vers le théâtre. Il commence sa carrière au Congo, où il crée la compagnie Les Bruits de la rue, avant de connaître un succès international. Ses textes mélangent langues classique, populaire et poétique, pour former un langage explosif, « une langue vivante pour les vivants ». Il se fait l’écho de la réalité congolaise telle qu’il l’a vécue, des ravages causés par des années de guerre civile et des séquelles laissées par la colonisation française. Il est l’un des co-fondateurs du festival international Mantsina sur scène, à Brazzaville, dédié au théâtre contemporain, dont il est le directeur artistique.

 

Les Solitaires Intempestifs

1, rue Gay Lussac

25000 Besançon

03 81 81 00 22

 

https://www.solitairesintempestifs.com/auteurs/niangouna-dieudonne

 

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