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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


Hamlet pour un temps présent

Publié par Dashiell Donello sur 1 Juillet 2021, 16:23pm

Hamlet pour un temps présent

Une fois n’est pas coutume, Gérard Watkins ne met pas en scène l’un de ses propres textes. Il propose une traduction d’Hamlet de Shakespeare, dans une époque sixties ( en référence au rock).

La mise en scène de Gérard Watkins,  à la suite de Jan Kott, prêche des convaincus de la contemporanéité de Shakespeare ; en bandant les seins d’Anne Alvaro et de Mama Bouras dans un rappel à la question du genre ;  le tout dans le son d’un prélude rock de la magique The Who Tommy Overture Live de 1989.

Pour mieux vous informer, nous lisons sur le dossier de presse : « une nouvelle traduction pour dénoncer le patriarcat, la violence des pères, leur amour enfermant (…) traduire les troubles que nous sommes en train de vivre. Folie révélatrice de notre société comme monde instable et transitoire ».

Ce monde d’une société folle que nous espérons transitoire, via la scénographie de François Gauthier-Lafaye, figure une bande de terre pour des espaces de jeu :  un verger, les remparts du château et son cimetière.

Au lointain, du jardin à la cour, un salon avec un bar à l’américaine ; où Anne Alvaro, en leader d’un groupe rock et barmaid, prépare les cocktails de vengeance.

 

Hamlet- Alvaro habiller de la couleur des ténèbres

 

Au concert rock du spectre de la tragique histoire, Anne Alvaro habillée de la couleur des ténèbres, joue avec toutes les nuances du noir. Elle est la colère de son défunt père. Elle propage un humour acide sur un monde de bouffons amateurs, où seul Yorick vrai professionnel, maintenant mort et enterré, l’avait fait jadis chevaucher sur son dos.

Anne Alvaro exorcise le deuil d’Hamlet, par un rituel vocal. Elle devient le médium et la voix de son père qui lui dit : «  écoute, Hamlet :  on a fait croire que j’avais été piqué par un serpent pendant que je dormais dans mon verger. Par ce récit trompeur, l’oreille entière du Danemark a été grossièrement abusée. Mon noble enfant, c’est le serpent qui m’a mordu, qui porte aujourd’hui ma couronne* »

 

La transition d’Hamlet est-elle réussie ?

 

Longtemps après Sarah Bernhardt, Anne Alvaro nous émerveille en nous contant son Hamlet ; en étant à distance de son personnage. Car c’est bien par le récit qu’elle nous transporte dans l’univers shakespearien. Son « To be, or not to be » est un moment unique et cette transition-là est une réussite. Hamlet, homme ou femme, n’est pas un souci au contraire. Lors de l’écoute du monologue une question nous est venue  : «  un mort peut-il rêver ? Si oui, le songe serait peut-être celui d’Hamlet lisant Hamlet de Shakespeare ? ».

Nous dans cet instant, nous avons rêvé un personnage qui n’est pas un homme, ni une femme, mais le féminin masculin d’une actrice qui joue Hamlet. Pour le coup, l’humanité et le courage du personnage sont apparus à notre esprit mieux que jamais. Dans la scène du cimetière, le sens du monologue être ou ne pas être, a surgi de la terre, comme un feu follet de lucidité.

Pour écrire cet article, nous avons relu Hamlet dans la traduction d’André gide*. Elle nous a paru plus claire, plus simple et moins ambivalente que celle de Gérard Watkins. Est-ce les scènes dans le désordre*, où la disparition d’un personnage, qui ont parfois brouillé l’intrigue ?

N’oublions pas que certains jeunes, aujourd’hui, n’ont pas encore lu le chef-d’œuvre de Shakespeare que nous résumons ici : «  le roi du Danemark, père d'Hamlet, est mort récemment. L'oncle d'Hamlet Claudius a remplacé le roi défunt et, moins de deux mois après, a épousé Gertrude, sa veuve. Le spectre du roi apparaît alors et révèle à son fils Hamlet qu'il a été assassiné par Claudius ».

 

La violence du monde d’hier et d’aujourd’hui

 

Hamlet est, par le principe de la vie psychique, la pièce de Shakespeare qui se prête le mieux à la violence du monde d’hier et d’aujourd’hui.

Gérard Watkins a bien transcrit les difficultés d’être d’un royaume qui se rêve noble et debout, mais qui selon Shakespeare a quelque chose de pourri.

Nous avons rendez-vous « avec la plus mythique des écritures de Shakespeare. La traversée fulgurante d’un monde dont le pourrissement a commencé bien avant le meurtre du père d’Hamlet », nous dit Gérard Watkins.

 

Nous recommandons fortement cette création (qui gagnerait à être plus rythmée) pour l’audace scénographique de François Gauthier-Lafaye, mis en lumière par l’étincelante Anne Vaglio, avec la sensationnelle distribution dont nous voulons, sans oubli, citer les noms : Solène Arbel, Salomé Ayache, Gaël Baron, Mama Bouras, Julie Denisse, Basile Duchmann, David Gouhier, Fabien Orcier, Gérard Watkins, avec pour coryphée, Anne Alvaro en état de grâce.

 

* traduction d’André Gide

*Le meutre de Polonius

* Fortinbras

 

HAMLET

Traduction et mise en scène Gérard Watkins

photo ©Hamlet_©Pierre_Planchenault-6-683x1024.jpg

   

Avec Anne Alvaro, Solene Arbel, Salomé Ayache, Gaël Baron, Mama Bouras, Julie Denisse, Basile Duchmann, David Gouhier, Fabien Orcier, Gerard Watkins

 

MARDI 29 JUIN > SAMEDI 10 JUILLET

mardi 29 juin à 19h / du mercredi 30 juin au vendredi 9 juillet à 20h
dimanche 4 juillet à 15h / samedi 10 juillet à 15h

 

Théâtre de la Tempête - Salle Serreau

Cartoucherie
Rte du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris

Accès métro ligne 1 jusqu’au terminus Château de Vincennes (sortie 6)
puis bus 112 ou navette Cartoucherie

Infos et réservations : www.la-tempete.fr |

T 01 43 28 36 36
Tarifs de 8€ à 22€

Tournée

19 & 20 janvier 2022 : CDN de Lorient

8 > 10 février 2022 : CDN de Besançon

5 > 8 avril 2022 : TnBA

4 > 6 mai 2022 : Comédie de Saint-Etienne

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