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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de actualité théâtrale d’aujourd'hui


L’Histoire mondiale de ton âme, d’Enzo Cormann

Publié par Dashiell Donello sur 7 Juin 2021, 19:02pm

L’Histoire mondiale de ton âme, d’Enzo Cormann

Le rapport au monde de l’écriture cormannienne est le récit de créatures qui ne veulent pas être des ombres. Elles témoignent d’histoires d’âmes d’autres créatures. C'est-à-dire que ces créatures sont aussi, les auteurs, les acteurs et les metteurs en scène de leur propre histoire d'âme.

Enzo Cormann, une dramaturgie instable d’irrégularité foncière

 

Le moi d’Enzo Cormann fait-il, dans L’Histoire mondiale de ton âme, l’éloge de la fuite : « (…) Peut-être s’agit-il ici de faire fuir tout système en optant pour une dramaturgie instable, dont je revendicte l’irrégularité foncière (…) dit-il.

L’expression « en deux temps trois mouvements », pourrait faire l’affaire, si la multiplicité des moi d’un monde d’âmes, ne composait un moi de multitude qui amplifierait le temps dans le sanctuaire théâtral du dramaturge.

Rien n’est fait hâtivement dans cette instabilité d’écriture, car les changements d’adresse (à autrui) sont intempestifs.

L’inconvenance donne aux scénarios contradictoires, limité dans le temps (30 minutes), le point de vue d’un regard vers l’infini d’un lieu qui ne représenterait rien. Il faut que la fiction trouve sa vérité en elle-même, qu’elle ne soit en aucun cas influencé par une représentation volontaire. Qu’elle soit tout simplement l’incarnation du verbe être ici et maintenant.

Le fond de la nature de Cormann ne se ponctue pas sur un chemin lisse, mais plutôt en terre meuble, avec des herbes folles et l'exception, bien sûre, d'une humble violette qui nous conterait les secrets de l’Histoire de toutes nos spiritualités où : « tout n’est pas à jouer, mais tout joue ». Le théâtre seul peut dire : « Il serait une fois quelque chose qui ne serait pas (…) ».

 

Dans son essai, « À quoi sert le théâtre* », Enzo Cormann démontre que son écriture vient d’une attente. L’attente de ses personnages et de leur parole. Ils sont là, muets, ils attendent les mots d’un auteur qui écrit en leur nom. Ils ne savent pas qu’il existe, ils ne le connaîtront jamais. Pourtant le dialogue commence. Est-ce la pression de la page blanche ? Non. C’est l’écriture d’une fiction théâtrale qui nait.

Il dit dans sa présentation : « (…) je n'ai jamais vraiment réussi à dire - du moins à m'expliquer clairement - en quoi le théâtre - particulièrement le théâtre - pouvait m'aider à ne pas "vivre et penser comme un porc". (…) ».

 

Le sens, la règle et l’exception

 

Enzo Cormann fait de son expérience la règle, pour ce qui fait sens, et trouve le sens du récit entre le réel et la fiction.

L’exception, des circonstances proposées et contradictoires, venant embarrasser ce qui se joue dans sa thématique.

Quand, dans L’adieu au théâtre, Enzo Cormann fait dire au personnage de Judith l’actrice : « mais il y a beau temps mon cher Max que les démons ne confondent plus le théâtre et le monde ». Le sens est entre le théâtre et le monde.

Quand, dans Passé le pont, Nida l’écrivaine affirme : « le monde a toujours eu beaucoup plus d’imagination que les écrivains ». Nida est l’exception et l’autre personnage, Gökhan un policier, est la règle : « (…) vous vous écrivez/ moi je convoque - vous vous êtes une écrivaine célèbre/ moi je suis un policier quelconque (…) ». Le sens est entre la célébrité et le quelconque.

Le rapport au monde de l’écriture cormannienne est le récit de créatures qui ne veulent pas être des ombres. Elles témoignent d’histoires d’âmes d’autres créatures. C'est-à-dire que ces créatures sont aussi, les auteurs, les acteurs et les metteurs en scène de leur propre histoire d'âme. Chaque jour, elles sont en répétition de leur vie. Elles crée du passé et vivent au présent. Seul l’avenir leur échappe pour une perfection éternelle : la mort. Elles écrivent un théâtre du désastre pour comprendre la vie par la contrainte. Comme la musique se libère de la partition dans une envolée de notes.

 

Enzo Cormann pose une question délibérément malicieuse : « ai-je besoin, pour évoquer les quelques sept milliards d’individus que compte l’humanité, d’un millier, d’une centaine, d’une dizaine de personnages (de figures, de voix, de rôles…) ? ou bien d’un seul ? ou bien de… trois ? ». Peut-être qu’un seul suffit ? puisqu’il est l’un de ces individus.

Il serait alors un exilé, comme l’écrit Cormann, via le personnage de Nida : « peut-être que l’écriture est déjà en soi une forme d’exil - peut-être que la liberté que revendique l’écrivain c’est de pouvoir vivre en exilé dans son propre pays ou dans sa propre langue - alors on l’accuse de désertion voire de traîtrise et on le met en prison - moins pour le punir que pour le ramener de force dans la maison du père / je veux dire la patrie - mais partir pour de bon / quitter le pays / délaisser ma langue / ça non je ne pourrais pas ».

 

L’Histoire mondiale de ton âme est le titre générique d’un grand ensemble dramatique en devenir, entièrement composé de plateaux d’une trentaine de minutes, en trois mouvements, pour trois interprètes, conçu comme un répertoire ouvert dans lequel on pourra puiser la matière d’une ou plusieurs séances de théâtre.

 

Dans Lignes de fuite, Enzo Cormann cite Arthur Adamov pour : « crever l’opacité de sa peau (celle de l’homme) qui le sépare du monde ». Cette séparation obscure va, à travers les dix-huit pièces qui constituent l’ouvrage, dans l’espace dramatique, où Enzo Cormann se crée une famille de personnages choisis ; où des âmes témoignent de leur histoire. Elles sont actrices, acteurs, metteurs en scène, policier, écrivaines, journalistes, universitaires, correcteurs, etc. Dans une chose qui ne serait pas. Elles sont homosexuelles, prostituées, esclaves. Elles ont des ennemis, vivent dans l’inceste, elles sont violées, en danger de mort. Mais surtout, elles sont au monde !

Les créations cormanniennes enclenchent de l’irréversible, de l’incontrôlable ; et c’est justement cela qui nous prend de passion, pour ces âmes qui en parallèle s’appellent à la vie dans une histoire mondiale, notre histoire.

 

* À quoi sert le théâtre

Collection Essais 2003, chez Les solitaires intempestifs

 

L’Histoire mondiale de ton âme d’Enzo Cormann

 

Les Solitaires Intempestifs

1, rue Gay Lussac

25000 Besançon

03 81 81 00 22

https://www.solitairesintempestifs.com

 

 

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