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Le blog Les dits du théâtre

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Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


En attendant les barbares de JM Coetzee

Publié par Dashiell Donello sur 26 Juin 2021, 10:55am

En attendant les barbares de JM Coetzee

Le talent est fluctuant dans l’art. Camille Bernon et Simon Bourgade n’ont pas retrouvé, dans cette adaptation et mise en scène de En attendant les barbares de JM Coetzee, ce qui  nous avait bouleversés avec Change me en 2018.

La police politique de l’Empire central est mandatée pour vérifier une rumeur de circulation anormale de barbares, dans une petite ville frontalière jouxtant sur le désert. En une phrase, nous pouvons résumer parfaitement le grand roman de JM Coetzee, En attendant les barbares, qui est une passionnante allégorie sur la peur et la violence collective qu’elle engendre. Peur, qui saisit la population, et conforte les offensives militaires contre cette invasion barbare, entretenue par le pouvoir central qui envoie un colonel (Stéphane Varupenne) pour se rendre compte de la situation.   Ce qui, au lieu d’être une solution, va peu à peu ruiner le pays et dégrader son cadre de vie. Ce colonel ne connaît que la torture. Il s’acharne à faire avouer, à des nomades inoffensifs ou des pêcheurs du lac voisin, qu'un complot se trame et qu’une invasion est proche. De son côté, le Magistrat (Didier Sandre) vit dans un déni romantique ; qu’il va vite réprimer, tenaillé par la mauvaise conscience.

L’origine sud-africaine de Coetzee nous fait évidemment penser à l’apartheid et à la colonisation. Camille Bernon ne dit pas autre chose : « C’est ce que nous cherchions, que le spectateur puisse à la fois penser , à la guerre d’Algérie et au colonialisme, ou à la vaste crise des flux migratoires que nous traversons – autant de terreaux pour un repli identitaire et la radicalisation d’une violence légitimée par une souveraineté nationale ». À la différence que Coetzee parle d’une culpabilité christique (Bernon en parle aussi) mais sans s’appuyer sur la politique, alors que Simon Bourgade va plutôt dans ce sens : « pour que le sens reste vaste tout en étant précis, nous avons nourri les comédiennes et les comédiens d’arguments concrets, très contemporains, sur des sujets tels que le fantasme du Grand remplacement. Ainsi, pour appréhender ce que Coetzee entend lorsqu’il parle d’un jeune gradé, nous avons cherché ce à quoi correspond aujourd’hui un sortant d’école militaire xénophobe qui aurait baigné dans une idéologie d’extrême droite, quelles en sont les thèses, les mécanismes affectifs ».

Aucun ingrédient ne manquait pour faire du bon théâtre. Une thématique et le matériau textuel : la narration, les dialogues, et l’intrigue d’un prix Nobel de littérature. Alors quoi ? Où est la faille ? La distribution ? Certainement pas ! elle est éblouissante ! La scénographie, la lumière ? Il y a quelque chose à voir avec cela. Même si nous comprenons les besoins d’une esthétique cinématographique.

Sur un plateau, deux niveaux de jeu sont parfois justes, mais pour ce cas, il nous a semblé que les interprètes étaient empêchés corporellement, par un chemin de jeu exigu.

Le point de vue de mise en scène donne dans la  profusion ce qui n’est pas forcément une force au théâtre. Cette profusion, de plusieurs idées, qui s’encastrent l’une dans l’autre, casse les actions de l’intrigue et nous parasite dans l'écoute de l’histoire.

Pour le coup, nous pouvons dire qu’abondance de bien peut nuire rythmiquement à la situation théâtrale. Ce qui est en trop coupe le dialogue acteur public, ce qui fait que le texte ne nous parvient pas totalement, et fait parfois survenir l’ennui.

Camille Bernon fait référence à Peter Brook qui lui milite pour l’espace vide. En lisant le livre de Coetzee, nous avions l’image du désert, avec des points de vie, plutôt que celle d’un lieu fixe.

Nous proposons donc aux amoureux du texte et de la comédie Française qu’ils viennent voir par eux-mêmes, si l’option d’un espace vide, avec des lieux de vie où se joueraient les actions, n’apporterait pas à la situation plus de lisibilité, dans sa géographie. Quelque soit votre choix, vous serez convaincu par cette belle adaptation de l’œuvre de Coetzee.

 

 

En attendant les barbares de JM Coetzee

Adaptation et mis en scène : Camille Bernon et Simon Bourgad

avec  :

Stéphane Varupenne : Joll, colonel du Troisième Bureau
Suliane Brahim : Gorkova, soldate ; la Jeune Fille, jeune barbare ; Mandel, adjudante du Troisième Bureau
Didier Sandre : le Magistrat, gouverneur de la ville
Christophe Montenez : le Jeune Prisonnier barbare ; Volkov, soldat ; Koenig, jeune officier
Élissa Alloula : Jager, soldate ; Molly, prostituée ; Mai, intendante de la caserne
Clément Bresson : le Prisonnier barbare ; Lazzari, soldat ; Hanes, assistant du colonel Joll

et Étienne Galharague Sebald, aide de camp du Magistrat

 

 

Comédie Française

https://www.comedie-francaise.fr

 

THÉÂTRE DU VIEUX-COLOMBIER

21, rue du Vieux-Colombier

Paris 75006

Fermeture annuelle au mois d'aout.

 

Jusqu’au 3 juillet 2021

durée 2h15 environ

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