Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le blog Les dits du théâtre

Le blog Les dits du théâtre

Les dits du théâtre, le blog de l'actualité théâtrale d’aujourd'hui


«  Les Femmes de la maison » Pauline Sales

Publié par Dashiell Donello sur 31 Mars 2021, 12:33pm

Pauline Sales fait parler «  les femmes artistes, dans une maison atelier », de 1950 à 2020. 

 

Un point de vue féministe la dernière pièce de Pauline Sales ? Pas vraiment. Plutôt celui d’une écriture qui cherche l’égalité femme homme.

Des plasticiennes, des performeuses et des autrices, témoignent de leur expérience dans une maison que leur a prêtée un homme, en souvenir d’un amour ancien.

Pauline Sales écrit, « Les femmes de la maison », sur trois époques : 1950, 1970 et 2020.

Dans cette histoire, il n’y a qu’un seul personnage masculin, Joris le propriétaire. Il donne la possibilité à ces femmes artistes de créer des œuvres ; dont l’une d’entre elles restera dans la maison-atelier, à la fin du séjour. C’est la seule règle d’ailleurs. Simplement un lien, dit Joris : «  un souvenir qu’on retrouve qui évoque… de la sympathie ? De la reconnaissance ? Qui sait ? De l’affection ».

 

La maison, c’est les années 50. Il y a Simone. Elle parle seule. Elle ressent la maison vide : «  il y a toujours une femme quelque part qui a besoin d’espace et de temps ». Elle lit Histoire d’O : j’aime devenir O. Je passe la nuit à être O dans la maison vide où je tente de quiter mon mari, de gagner mon indépendance, de m’approprier un bout de mon art (…). J’ai le goût de n’être rien que l’objet du désir d’un homme. Je goûte à la joie de la destruction, à la passivité d’O ».

Judy dit à Joris : « (…) tu es le mécène de la première exposition d’art féministe du pays (…) cette maison va devenir une œuvre d’art en soi ».

 

Arrive Womanhouse en 1972. C’est l’expérience d’être femme. À l’entrée de la propriété il y a un panneau : Only for Women

Les femmes examinent, observent et auscultent ce qu’elles aiment.

Le projet féministe doit se situer, s’écrire, pour trouver une place dans l’histoire de l’art. 

Miriam dit : «  Vicki Hodgetts fait pousser des œufs au plat et ils deviennent des seins. Ça part d’une simple poêle et ça se propage au plafond et sur les murs ». Annie rajoute une autre performance : «  Sandy Orgel conçoit un mannequin qui tente de s’échapper du placard à serviettes de la salle de bain dans lequel elle a été enfermée ». 

 

Les années 2020. La résidence d’artistes. Nous sommes dans ce que connait bien Pauline Sales. En 2019, elle bénéficie d’une bourse du conseil régional Île-de-France dans le cadre d’une résidence de six mois au TGP. L’autrice nous donne un peu de ce qu’il y a d’elle-même. Elle appréhende de l’intérieur son esprit qui fait l’expérience de sa subjectivité. C’est assez généreux pour le souligner. Son intériorité nous en dit plus sur son écriture. Les bribes de conversation, à partir d’une question sur les écritures féminines ouvrent un débat : « Paula : tu dis écritures féminines ?  Florence : Qu’est-ce que je dois dire ? (…) J’ai un peu de mal à suivre la terminologie. Paula : écriture, non ? Ça suffit, non ? (…) on ne préciserait pas écritures d’hommes ».

Ce monde de femmes artistes est-il entièrement différent ? Le monde établi est-il transcendé ? 

Sans que cela soit tout à fait autobiographique, Pauline Sales nous parle de l’air du temps et pose les questions sur la façon d’écrire aujourd'hui. La femme qu’elle est ne la définie pas. Elle sait ce qui peut être dit ou pas, sur le roman documentaire, où les journaux intimes qui deviennent des pièces de théâtre.

Nous pouvons lire entre les lignes que l’autrice connait bien le système dramaturgique (commande, résidence, bourse, être associé à une compagnie etc.). Elle sait qu'écrire pour soi-même une œuvre personnelle, est aujourd’hui quasi impossible sans ces aides. C’est dans la perspective de la création féminine que l’on voit : le rapport aux hommes, la sororité, la question des classes et le rapport au travail.

Elle fait dire à Paula : « (...) après des siècles de patriarcat. Nous acceptons qu’il (Joris) nous enferme dans une maison ». 

Comme son personnage Judy, Pauline Sales fait le choix de se confronter au regard des gens, tant dans l’écriture que sur un plateau, et ce choix talentueux nous satisfait au plus au point.

Dashiell Donello

 

Ce spectacle a été créé le 11 janvier 2021 au Théâtre de l’Éphémère au Mans dans une mise en scène de l’auteure. Il est repris en tournée en France, notamment au TnBA à Bordeaux en mars et au TGP de Saint-Denis en avril.

 

https://www.solitairesintempestifs.com

 

 

Pauline Sales est écrivaine, comédienne et metteuse en scène.

Une trentaine de créations verra le jour en dix ans dont plus de la moitié sont issues de commandes d’écriture. 

En 2020, elle écrit deux textes destinés au jeune public Normalito dont elle assurera la mise en scène et Et puis on a sauté !, une commande de la compagnie de Louise parus chez Les Solitaires Intempestifs.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents